Manifeste pour un optimisme éclairé
Pistes de réflexion pour unir la voix de l’espoir à celle du discernement
 

Ce qui suit est la version gratuite du Manifeste pour un optimisme éclairé. Il existe aussi une version payante (à petit prix) imprimée sur du beau papier, et qui comporte des éléments graphiques enrichissant l’expérience de lecture. C’est un beau livre-objet, à offrir et à méditer, publié aux éditions Carrefours azur. L’acheter est une façon d’épauler le travail des artisans (l’écrivain, l’imprimeur…) et d’encourager une entreprise locale, mais aussi de contribuer à une initiative de reboisement de la planète, puisque pour chaque exemplaire vendu directement sur le site de Carrefours azur, un arbre est planté, par l’entremise d’un don à l’organisme One Tree Planted. Pour les détails et des photos du livre conçu avec soin, cliquez ici.

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Après avoir entendu de tristes opinions sur « l’état du monde », et en comparant le cynisme des uns à la force joyeuse des autres, j’ai pris sur moi d’écrire ce petit exposé philosophique. Quoique l’approche soit principalement bouddhiste – le peu de clarté dont je dispose me vient pour l’essentiel d’inspirants maîtres tibétains auprès de qui j’ai pu m’abreuver –, elle est toujours, je crois, franchement humaine et propre à inspirer des gens de tous les horizons.

- I -

 

Dans un monde en mal de repères, l’optimisme est souvent associé à la naïveté, à la crédulité, à l’idéalisme, à l’utopisme, à la foi aveugle. À l’inverse, le pessimisme, même s’il mine notre joie de vivre, est souvent perçu comme étant plus en accord avec la réalité.

Or, pour mener une vie riche de sens, et pour contribuer à une société plus éclairée, il est primordial de pourfendre ce mythe de la soi-disant adéquation entre « pessimisme » et « rigueur ». Ce n’est pas qu’un exercice intellectuel : le défaitisme entretient l’inaction et l’indifférence, luxe qu’on ne peut plus se permettre.

 

Et donc, pour mieux distinguer ce qu’il faut cultiver de ce qu’il faut déraciner au plus vite, quelques définitions s’imposent.

Commençons tout d’abord par démêler optimisme et naïveté.

 

Déjà, naïveté a plusieurs sens : ce peut être un « caractère naturel, simple et vrai », ou une « simplicité, [une] grâce naturelle empreinte de confiance et de sincérité », dixit Le Robert. Quiconque voit la « naïveté » sous cet angle se demanderait avec raison pourquoi on voudrait faire la vie dure à une si belle qualité.

Pour la plupart, nous passons nos journées obnubilés par des pensées, des stratégies, des concepts de toutes sortes, si bien que nous ne sommes jamais tout à fait nus ; mais certains ont la chance d’aborder le monde qui les entoure avec plus de fraîcheur, moins de préconceptions. Cette forme de naïveté ne nous pose pas problème non plus.

Celle avec laquelle nous voulons éviter l’amalgame, c’est l’excès de confiance : une sorte de crédulité niaise et badine, une bulle rose dans laquelle on se complairait sans jamais réfléchir.

L’optimisme éclairé que nous proposons relève au contraire d’une observation attentive, d’une rigoureuse réflexion sur la nature du monde et des êtres qui l’habitent.

 

Nier la violence et les difficultés, faire abstraction des urgences, prétendre que tout va toujours bien, c’est ce qui s’appelle faire l’autruche (encore que même les autruches, contrairement à l’idée reçue, ne s’enfoncent pas systématiquement la tête dans le sable quand elles ont peur). Il nous arrive à tous d’avoir envie de nous réfugier sous les couvertures, et cela est humain, mais ça ne peut faire qu’un temps.

 

L’optimisme, pour être vraiment lucide, doit s’accompagner d’une acceptation de certains faits : nous sommes mortels ; nous serons tous, à un moment ou un autre, confrontés à la maladie et à la séparation ; notre belle planète, nos écosystèmes et nos sociétés humaines font face à des défis d’envergure qui ne se régleront pas d’eux-mêmes, et qui risquent de s’aggraver à une vitesse effarante si nous nous languissons dans l’insouciance ou nous entêtons dans une vision obtuse.

 

La mort est non seulement inévitable, mais son moment et ses circonstances nous sont aussi inconnus, peu importe ce qu’on espère au fond de soi. Sans doute avons-nous là un deuil à faire. Viendra le jour où notre corps se décomposera : nul besoin de remonter très haut dans notre arbre généalogique pour nous en convaincre. Mais si l’on reconnaît que la vie ne se limite pas à notre petit ego, et qu’il y a, par-delà nos idées préconçues et nos mécanismes de défense, tout un univers qui palpite, l’acceptation peut s’accompagner d’une grande joie. Surtout, de la réflexion sur le caractère transitoire des choses naît rapidement cette grande question : comment mettre à profit le temps dont je dispose ? Autrement dit : comment mener une vie riche de sens ?

 

La réponse vraiment naïve serait de retomber dans le pessimisme et d’affirmer que nos efforts ne servent à rien ; c’est une déclaration hâtive, une croyance aveugle qui résulte d’un manque de réflexion sur la nature des phénomènes, et surtout d’une méconnaissance de leur interdépendance et de leur constante évolution.

 

Tout est interrelié. Le Bouddha a enseigné que les effets se produisent lorsque les causes et les conditions sont réunies. Parfois, la cause principale est présente, mais il manque une condition ; parfois, la graine est semée dans un terreau bien humide, mais il lui manque le soleil ; dans ces cas-là, il faut persévérer et prendre, au besoin, du recul ; observer, consulter, comprendre, agir. Quand la cause et les circonstances propices sont rassemblées, l’effet, inévitablement, se produit. Et si d’aventure il est impossible de réunir les conditions favorables, il nous est toujours possible de vivre autrement la déception, en changeant notre posture mentale.

Tout est interdépendant, disions-nous. Et tout effet résulte de la combinaison dynamique de causes et de conditions. Or, tout phénomène composé est transitoire. On s’acharnerait à prétendre le contraire que cela n’y changerait rien : si l’univers tout entier est marqué par le sceau de l’impermanence, il en est bien ainsi du caractère d’une personne, de la croissance économique, de la conception que l’on se fait d’une identité nationale. Tout est sujet à changement, notamment parce que tout phénomène est l’effet d’une série de causes et conditions elles-mêmes transitoires : quand l’une des conditions sine qua non vient à changer, l’effet change ou se dissout. Quand on sectionne le fil d’alimentation, le courant ne passe plus.

Certes, il arrive que le changement ne soit guère satisfaisant, comme quand un régime dictatorial s’effondre pour laisser place à un autre régime aussi vil, voire pire. Parfois, les causes profondes ne sont pas identifiées, ou pas extirpées tout à fait ; parfois aussi, une série de causes se ressemblent et produisent des effets qui s’apparentent. Mais la durée et la répétition ne nient pas la possibilité du changement. (Stricto sensu, elles le confirment : le concept de « durée » a, par définition, un début et donc une fin ; idem pour la répétition, qui est recommencement et qui suppose donc une suite de commencements, et donc de changements. Mais cela ne s’impose pas toujours comme une évidence quand nos yeux sont fatigués ou notre cœur chagriné.)

Affirmer qu’on ne peut d’aucune façon améliorer notre sort, comme si notre destin avait tout entier été fixé à notre naissance, ou comme si tout ne se résumait qu’à un fatalisme génétique, c’est non seulement faire abstraction d’une foule d’histoires inspirantes, mais c’est encore mal comprendre les principes de causalité. C’est ne pas saisir le sens du karma. C’est aussi avoir une vision étrangement limitée du temps : le présent est l’effet du passé, certes, mais que font les fatalistes de l’effet du présent ?

Nos actes, nos paroles, nos pensées comptent. Même quand l’effet est intangible ou qu’il se fait attendre.

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Des cadeaux porteurs de sens et d’espoir

Vous consultez la version gratuite du Manifeste pour un optimisme éclairé de Vincent Thibault. La version imprimée, vendue à petit prix et conçue avec soin aux éditions Carrefours azur, a aussi ses avantages : elle comprend des éléments graphiques supplémentaires qui permettent d’autres niveaux de lecture. Pensez à offrir des cadeaux riches de sens à votre famille, vos amis, vos collègues et employés. C’est une façon d’épauler le travail des artisans, d’encourager une entreprise locale, et de contribuer à une initiative de reboisement de la planète, puisque pour chaque exemplaire vendu directement sur le site de Carrefours azur, un arbre est planté, par l’entremise d’un don à l’organisme One Tree Planted. Pour les détails et des photos, cliquez ici.